Premier Numéro : Le Temps
Une iconographie, une symbolique.
La page entière est bleue et composée d'un ensemble de petits points formant des vagues verticales. Le bleu, couleur de la première édition, comporte une forte symbolique. Appelant tout à la fois la sagesse, la tranquillité et la sérénité, il renvoie symboliquement à la couleur de l'esprit. Également couleur du ciel et de la mer, de l'espace de tranquillité et de rêverie, il peut également comporter une dimension menaçante, se chargent d'orage et de tempête. Par ailleurs, en tant que symbole poétique du crépuscule, le bleu renvoi à la période de la journée ou la nuit conjoint le jour dans un clair-obscur ou matière et sens se confondent, peinent à être distingués – ce qui nous semble être le cas du temps qui est le nôtre, temps de clair-obscur ou l'avenir reste incertain et pourrait basculer encore dans une froide nuit de discorde. L'image originale est une photographie de la mer réalisée par notre graphiste et co- directrice artistique, qu'elle a retravaillée (contraste, texture). De manière formelle et quant à la pérennité de notre revue, l'image de la mer peut être modifiée – en gardant l'esprit de la re- texturation de l'image en petits points contrastés – sans que l'ensemble perde en harmonie. C'est la force de l'organisation géométrique du texte. Par ailleurs, le recueil de perspectives qu'est notre revue à pour intention de devenir un témoin de notre génération : une génération à faire, qui doit se faire, par rupture et conjonction avec ce qui constitue son histoire. C'est dans cette mesure que l'image de la mer, travaillée pour devenir une composition graphique de points, renvoie à l'idée de faire unité du multiple : faire un monde, une génération. Comme le disait Leibniz :
[...] Il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous, mais sans aperception et sans réflexion, c'est-à-dire des changements dans l'âme même dont nous ne nous apercevons pas [...] Et pour juger encore mieux des petites perceptions que nous ne saurions distinguer dans la foule, j'ai coutume de me servir de l'exemple du mugissement ou du bruit de la mer dont on est frappé quand on est sur le rivage. Pour entendre ce bruit comme l'on fait, il faut bien que l'on entende les parties qui composent ce tout, c'est-à-dire les bruits de chaque vague, quoique chacun de ces petits bruits ne se fasse connaître que dans l'assemblage confus de tous les autres ensemble, 'est-à-dire dans ce mugissement même [...]. Car il faut qu'on [...] ait quelque perception de chacun de ces bruits, quelques petits qu'ils soient ; autrement on n'aurait pas celle de cent mille vagues.